Mobilier.ch

Furniture-as-a-Service : louer son mobilier en Suisse, mode d'emploi

· Mobilier.ch

Ce qui détermine vos droits dans un abonnement de meubles en Suisse n’est ni le nom commercial de l’offre ni le montant de la mensualité, mais une clause précise : le contrat prévoit-il de vous facturer davantage si vous arrêtez avant terme ? Selon la réponse, vous signez un contrat de leasing soumis à la loi fédérale sur le crédit à la consommation (LCC), avec droit de révocation de quatorze jours et résiliation encadrée, ou un simple bail à loyer régi par les art. 253 et suivants du code des obligations (CO), où presque tout dépend de ce que le prestataire a écrit dans ses conditions générales.

Le reste, la livraison, le montage, la reprise, la caution et l’état de restitution, se règle dans les deux cas sur des articles précis du CO qu’il vaut la peine de connaître avant de signer plutôt qu’au moment de rendre les meubles.

Location simple ou leasing : la clause qui change de régime

La LCC définit à son art. 1 al. 2 let. a les contrats qu’elle assimile à du crédit à la consommation : « les contrats de leasing qui portent sur des choses mobilières servant à l’usage privé du preneur et qui prévoient une augmentation des redevances convenues en cas de résiliation anticipée du contrat ». La Police cantonale du commerce vaudoise reprend la même définition dans sa fiche sur le crédit à la consommation et rappelle qu’un prêteur ou un courtier en crédit qui propose de tels contrats a besoin d’une autorisation.

Trois conséquences pratiques :

Le critère est la pénalité, pas le vocabulaire. Une offre baptisée « abonnement » qui majore les mensualités en cas d’arrêt anticipé tombe dans la LCC. Une offre baptisée « leasing de meubles » sans clause de ce type n’y tombe pas.

L’usage doit être privé. Le mobilier de bureau loué par une entreprise sort du champ de la loi : une PME ne bénéficie ni du délai de révocation ni des règles sur le contenu du contrat, et négocie tout dans son contrat-cadre.

Certains montants sont hors du champ. L’art. 7 al. 1 exclut notamment les contrats de crédit portant sur un montant inférieur à 500 francs ou supérieur à 80 000 francs (let. e) et ceux que le consommateur doit rembourser dans un délai ne dépassant pas trois mois (let. f). Un engagement de faible montant ou de très courte durée peut donc rester entièrement hors du champ de la loi.

Enfin, même lorsqu’elle s’applique, la LCC ne s’applique pas en entier : selon son art. 8 al. 1, les contrats de leasing au sens de l’art. 1 al. 2 let. a ne sont soumis qu’aux art. 11, 13 à 16, 17 al. 3, 18 al. 2 et 3, 19 à 24, 25 al. 1 et 35, 26, 29 et 31 à 40. Les mécanismes de financement classiques sont détaillés dans notre article sur le financement et le leasing de meubles en Suisse.

Schéma de décision à trois issues : mobilier cédé avec le logement et régime du bail d'habitation, leasing soumis à la LCC, ou bail de choses mobilières selon les art. 253 et suivants du code des obligations
Deux questions suffisent à savoir quelles règles protègent votre contrat de location de meubles. Illustration originale Mobilier.ch.

Ce que la LCC impose au contrat quand elle s’applique

L’art. 11 LCC exige la forme écrite et la remise d’une copie au preneur, puis énumère ce que le contrat doit contenir. Les points qui servent réellement à comparer deux offres :

Le prix d’achat au comptant de l’objet du leasing au moment de la conclusion. C’est la seule façon de savoir si la mensualité correspond à un meuble à 600 francs ou à 2 400 francs.

Le nombre, le montant et les échéances des redevances, le montant d’une éventuelle caution, une éventuelle obligation d’assurance et son coût si le choix de l’assureur ne vous est pas laissé.

Le taux annuel effectif global. Il transforme une mensualité en coût comparable à un crédit.

Un tableau du montant à payer en cas de résiliation anticipée et de la valeur résiduelle de l’objet au moment de la résiliation (art. 11 al. 2 let. g). C’est le document le plus utile du dossier : réclamez-le avant de signer et lisez la ligne correspondant au mois où vous pensez déménager.

La loi impose aussi au donneur de leasing d’examiner la situation financière du preneur avant la conclusion du contrat, la capacité de contracter étant admise lorsque le preneur peut payer les redevances sans grever la part insaisissable de son revenu (art. 29 LCC). Une offre qui ne vous demande rien n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Revenir sur sa signature : quatorze jours, mais pas dans tous les cas

Deux droits de révocation coexistent en droit suisse, et ils ne couvrent pas les mêmes situations.

Contrat soumis à la LCC. Le consommateur peut révoquer par écrit, dans un délai de quatorze jours, son offre de conclure le contrat ou son acceptation (art. 16 al. 1). Le délai court dès la réception d’un exemplaire du contrat et il est respecté si l’avis est remis au prêteur ou à la poste le dernier jour (art. 16 al. 2). La Fédération romande des consommateurs confirme la lecture pratique : le délai démarre à la réception du contrat de prêt ou de leasing.

Contrat conclu en situation de démarchage. Les art. 40a et suivants CO s’appliquent aux contrats portant sur des choses mobilières ou des services destinés à un usage personnel ou familial, lorsque le fournisseur agit à titre professionnel et que la prestation de l’acquéreur dépasse 100 francs. L’art. 40b énumère les situations qui ouvrent le droit de révocation : au lieu de travail, dans des locaux d’habitation ou leurs alentours immédiats, dans les transports publics ou sur la voie publique, lors d’une manifestation publicitaire liée à une excursion, ou par téléphone. Le délai est là aussi de quatorze jours (art. 40e al. 2), mais la révocation n’est soumise à aucune forme, la preuve du respect du délai incombant à l’acquéreur (art. 40e al. 1). L’art. 40c ferme la porte à celui qui a demandé expressément les négociations ou qui a signé à un stand de marché ou de foire.

Une commande que vous remplissez vous-même sur le site du prestataire ne figure dans aucune de ces deux listes. Si vous voulez pouvoir changer d’avis, vérifiez que le prestataire accorde contractuellement un droit de retour et sous quel délai.

Résilier : trois régimes, trois préavis

Leasing soumis à la LCC. Le preneur peut résilier en observant un délai minimum de 30 jours pour la fin d’un trimestre de contrat, l’indemnité étant déterminée selon le tableau prévu à l’art. 11 al. 2 let. g (art. 17 al. 3 LCC). Autrement dit : vous pouvez sortir, mais le montant de sortie était déjà chiffré dans le contrat.

Bail à durée déterminée. Lorsque les parties sont convenues expressément ou tacitement d’une durée déterminée, le bail prend fin sans congé à l’expiration de la durée convenue (art. 266 al. 1 CO) ; s’il est reconduit tacitement, il devient un contrat de durée indéterminée (al. 2). Il n’existe donc pas de résiliation ordinaire anticipée : douze mois signés sont douze mois dus, sauf clause plus favorable.

Bail de choses mobilières à durée indéterminée. L’art. 266f CO est expéditif : « Une partie peut résilier le bail de choses mobilières à n’importe quel moment, en observant un délai de congé de trois jours. » L’art. 266a al. 1 précise que les délais légaux valent sauf si un délai plus long ou un autre terme ont été convenus. Deux enseignements : un contrat sans durée peut être clos très vite, et le prestataire dispose exactement de la même faculté que vous.

Caution, entretien, restitution : les articles à connaître

La caution d’un pack de meubles n’est pas celle d’un appartement. L’art. 257e CO oblige le bailleur à déposer les sûretés sur un compte au nom du locataire et plafonne la garantie à trois mois de loyer, mais son texte vise le locataire « d’habitations ou de locaux commerciaux ». Pour du mobilier loué séparément, faites préciser par écrit qui détient la caution, à quelles conditions elle est libérée et dans quel délai.

L’entretien courant vous incombe. Selon l’art. 259 CO, le locataire doit remédier à ses frais, conformément à l’usage local, aux défauts qui peuvent être éliminés par les menus travaux de nettoyage ou de réparation indispensables à l’entretien normal de la chose. Une tache traitée à temps coûte moins cher qu’une facture de reconditionnement.

La restitution se fait dans l’état résultant d’un usage conforme au contrat (art. 267 al. 1 CO). Surtout, l’al. 2 déclare nulle « toute convention conclue avant la fin du bail et prévoyant que le locataire devra verser une indemnité destinée à couvrir autre chose qu’un dommage éventuel ». Un forfait de remise en état facturé automatiquement, indépendamment de tout dommage constaté, se discute sur cette base.

Exigez un contrôle le jour de l’enlèvement. L’art. 267a CO impose au bailleur de vérifier l’état de la chose lors de la restitution et d’aviser immédiatement le locataire des défauts dont il répond ; s’il néglige de le faire, le locataire est déchargé de toute responsabilité, sauf pour les défauts non décelables par les vérifications usuelles. Un procès-verbal contresigné et quelques photos horodatées valent mieux qu’un courriel reçu trois semaines plus tard. La question de savoir qui paie en cas de casse ou de vol pendant la location relève ensuite de votre contrat d’assurance : nos cas pratiques d’assurance du mobilier détaillent les couvertures à vérifier avant de compter sur elles.

Quand les meubles viennent avec le logement, le régime change encore

L’art. 253a al. 1 CO prévoit que les dispositions concernant les baux d’habitations et de locaux commerciaux s’appliquent aussi aux choses dont l’usage est cédé avec ces habitations ou locaux. Un appartement loué meublé fait donc entrer le mobilier dans le régime du bail d’habitation, avec les protections qui l’accompagnent. L’al. 2 réserve les appartements de vacances loués pour trois mois ou moins.

Conséquence concrète : avant de louer un pack de meubles, relisez l’inventaire de votre bail. Ce qui est déjà cédé avec le logement n’a pas à être loué deux fois. Le sujet est traité du point de vue du bailleur dans notre article sur quel mobilier prévoir pour une location meublée.

Le calcul qui tranche : coût total, pas mensualité

Comparez des sommes complètes sur la durée réelle d’utilisation :

Coût de la location = mensualité × nombre de mois dus + livraison + montage + reprise + assurance imposée + frais administratifs + pénalité de sortie anticipée + part de caution non restituée.

Coût de l’achat = prix payé + transport + éventuel montage + coût d’un éventuel stockage, moins la valeur de revente estimée.

Deux vérifications évitent les mauvaises surprises. D’abord la TVA : le taux normal est de 8,1 % depuis le 1er janvier 2024 selon l’Administration fédérale des contributions, et un devis professionnel affiché hors taxe n’est pas comparable à une mensualité affichée aux particuliers. Ensuite la valeur de revente, qui décide presque à elle seule du point de bascule entre louer et acheter : un canapé de marque conserve une valeur sur le marché de l’occasion, un meuble en panneaux d’entrée de gamme beaucoup moins. La méthode de calcul détaillée figure dans notre comparatif acheter ou louer son mobilier, et la version adaptée aux séjours courts dans notre analyse des abonnements de meubles pour étudiants.

Côté revente, des circuits existent : IKEA Suisse fait figurer dans sa liste de services un espace seconde vie et le rachat de ses produits. Les autres filières de sortie sont passées en revue dans notre article sur donner une seconde vie à ses meubles.

Ce que l’argument circulaire vaut vraiment

L’Office fédéral de l’environnement rappelle sur sa page économie circulaire que les Chambres fédérales ont adopté l’initiative 20.433 le 15 mars 2024 et que les révisions de la loi sur la protection de l’environnement, de la loi sur l’énergie et de la loi fédérale sur les marchés publics « créent un cadre légal général visant à renforcer l’économie circulaire en Suisse », la plupart des modifications législatives entrant en vigueur dès 2025. L’OFEV note également que presque aucun autre pays au monde ne génère autant de déchets urbains par habitant.

Un abonnement n’est circulaire que si le meuble rendu repart en service. Posez donc la question directement : que devient un meuble restitué, quel est le nombre moyen de cycles de location d’une pièce, qui effectue le reconditionnement et où ? Une réponse chiffrée distingue un opérateur qui reconditionne d’un revendeur qui liquide. Le raisonnement est le même que pour les produits vendus comme circulaires, développé dans notre article sur le label Cradle to Cradle appliqué aux canapés.

Où le modèle ne fonctionne pas

Au-delà de deux à trois ans au même endroit. Multipliez la mensualité par la durée réellement prévue et comparez au prix d’achat diminué de la revente : passé ce cap, la location coûte souvent davantage et ne laisse aucune valeur au terme.

Hors des axes urbains. L’offre se dessine autour des agglomérations. Le prestataire événementiel Swaap indique par exemple, dans son guide de la location de mobilier, livrer depuis Gland vers « Genève, Lausanne, Nyon et La Côte, Montreux et la Riviera, Fribourg, Neuchâtel, Berne, Bâle, Zoug et Zurich », avec un délai de réservation usuel de deux à trois semaines. Faites confirmer par écrit la desserte de votre code postal et le prix de la livraison avant de comparer des mensualités.

Quand vous voulez transformer le meuble. Percer, peindre ou raccourcir un plateau loué est exclu ; il faut passer par des solutions réversibles, comme celles réunies dans notre article sur le mobilier pour locataires sans perçage.

Pour un besoin unique et durable. Un matelas, un bureau réglé à votre morphologie ou un fauteuil de travail utilisé huit heures par jour se choisissent une fois et se gardent ; la rotation n’apporte rien.

Erreurs fréquentes

Confondre « sans engagement » et « résiliable à tout moment ». Vérifiez quel est le préavis, à partir de quelle date il court, et pour quelle échéance.

Signer sans le tableau de sortie. Dans un leasing soumis à la LCC, ce tableau est obligatoire (art. 11 al. 2 let. g) ; ailleurs, exigez son équivalent par écrit.

Accepter un forfait de remise en état. L’art. 267 al. 2 CO interdit les conventions antérieures à la fin du bail qui prévoient une indemnité couvrant autre chose qu’un dommage éventuel.

Laisser partir les meubles sans contrôle contradictoire. L’art. 267a CO joue en votre faveur, mais seulement si vous pouvez prouver ce qui a été constaté, ou non, le jour de l’enlèvement.

Comparer un prix hors taxe et un prix affiché aux particuliers. L’écart de 8,1 % suffit à inverser un classement d’offres serrées.

Oublier les frais de fin de contrat. Reprise, démontage, nettoyage et livraison de remplacement arrivent après la période où vous compariez les mensualités.

Les questions à poser avant de signer

  1. Le contrat prévoit-il une augmentation des redevances en cas de résiliation anticipée ? La réponse détermine l’application de la LCC.
  2. Quels sont le prix d’achat au comptant du meuble et le taux annuel effectif global ?
  3. Quel préavis, pour quelle échéance, et quel montant dû à chaque mois de sortie ?
  4. Qui détient la caution, à quelles conditions est-elle libérée, et sous quel délai ?
  5. Livraison, montage, reprise et démontage sont-ils inclus, et à quel tarif à l’étage sans ascenseur ?
  6. L’assurance proposée est-elle obligatoire, que couvre-t-elle et quelle est la franchise ?
  7. Un procès-verbal de reprise contradictoire est-il établi le jour de l’enlèvement ?

Ce qu’il faut retenir

Cherchez la clause de majoration en cas de résiliation anticipée : elle décide si vous êtes protégé par la LCC ou seulement par le droit du bail. Réclamez le tableau des montants de sortie, faites préciser le sort de la caution, et gardez en tête que l’art. 267a CO ne vous protège que si la reprise est contrôlée en votre présence. Sur une durée supérieure à deux ou trois ans, refaites le calcul complet : dès que le meuble acheté conserve une valeur de revente sérieuse, la location perd du terrain.

Sources

  • Confédération suisse, code des obligations (RS 220) : définition du bail à loyer et extension aux choses cédées avec l’habitation (art. 253 et 253a), entretien courant à charge du locataire (art. 259), sûretés fournies par le locataire d’habitations ou de locaux commerciaux (art. 257e), fin du bail à durée déterminée (art. 266), délais de congé (art. 266a), bail de choses mobilières et préavis de trois jours (art. 266f), restitution et nullité des indemnités forfaitaires (art. 267), vérification de l’état lors de la restitution (art. 267a), droit de révocation en matière de démarchage (art. 40a à 40e).
  • Confédération suisse, loi fédérale sur le crédit à la consommation (RS 221.214.1) : assimilation des contrats de leasing sur choses mobilières à usage privé prévoyant une majoration en cas de résiliation anticipée (art. 1 al. 2 let. a), exclusions de champ d’application (art. 7 al. 1), articles applicables au leasing (art. 8 al. 1), contenu obligatoire du contrat de leasing dont le tableau de sortie (art. 11), droit de révocation de quatorze jours (art. 16), résiliation anticipée du leasing avec préavis de 30 jours pour la fin d’un trimestre (art. 17 al. 3), examen de la situation financière du preneur (art. 29).
  • Canton de Vaud, Police cantonale du commerce, crédit à la consommation : définition des contrats de leasing soumis à la LCC et obligation d’autorisation des prêteurs et courtiers en crédit.
  • Fédération romande des consommateurs, démarchage de A à Z : délai de révocation de quatorze jours, seuil de 100 francs et point de départ du délai pour un leasing soumis à la LCC.
  • Administration fédérale des contributions, taux de TVA applicables en Suisse : taux normal de 8,1 %, relèvement effectif au 1er janvier 2024.
  • Office fédéral de l’environnement, économie circulaire : adoption de l’initiative 20.433 le 15 mars 2024, cadre légal issu des révisions de la LPE, de la loi sur l’énergie et de la loi sur les marchés publics, entrée en vigueur de la plupart des modifications dès 2025.
  • IKEA Suisse, aperçu des services : espace seconde vie et rachat de produits parmi les services de circularité proposés en Suisse.
  • Swaap, guide de la location de mobilier événementiel en Suisse : villes desservies depuis la base logistique de Gland, délai de réservation usuel de deux à trois semaines, livraison, installation et reprise assurées par le prestataire.